j'annonce la couleur

Ce blog est ce que l'on pourrait appeler un blog intellectuel. C'est à dire qu'il ne regroupera pas de photos de mes amis avec commentaires stupides du genre "je vous présente *****, c'est ma bf, elle et moi c'est for ever! ", qui m'exaspèrent, mais plutôt des citations, des poèmes ou des extraits de textes. Ce ne seront pas forcément les meilleurs, mais ils me plaisent, et si tu n'es pas de mon avis tant pis, je ne t'ai pas demandé de venir. S'il t'arrivait de laisser un commentaire, chose improbable s'il en est, prends la peine de l'écrire en français correct, la langue française possède une orthographe: qu'elle serve!, sinon celui-ci ne sera pas accepté. Voilà, je crois que le principal a été dit. A bon entendeur salut.

# Posted on Saturday, 12 April 2008 at 12:08 PM

Edited on Tuesday, 19 August 2008 at 7:39 AM

Alfred de Musset, La confession d'un enfant du siècle.

Pour écrire l'histoire de sa vie, il faut d'abord avoir vécu; aussi n'est-ce pas la mienne que j'écris.

# Posted on Saturday, 12 April 2008 at 12:20 PM

Alfred de Musset, La confession d'un enfant du siècle. 2

Jamais il n'y eut tant de nuits sans sommeil que du temps de cet homme; jamais on ne vit sur les remparts des villes un tel peuple de mères désolées; jamais il n'y eut un tel silence autour de ceux qui parlaient de mort. Et pourtant jamais il n'y eut tant de joie, tant de vie, tant de fanfares guerrières, dans tous les coeurs. Jamais il n'y eut de soleils si purs que ceux qui séchèrent tout ce sang. On disait que Dieu les avait créés pour cet homme, et on les appelaient ses soleils d'Austerlitz.
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Saturday, 12 April 2008 at 12:25 PM

Victor Hugo, Les Misérables.

(le sénateur à l'évêque de D-.) Je hais Diderot; c'est un idéologue, un déclamateur et un révolutionnaire, au fond croyant en Dieu, et plus bigot que Voltaire. Voltaire s'est moqué de Needham, et il a eu tort ; car les anguilles de Needham prouvent que Dieu est inutile. Une goutte de vinaigre dans une cuillerée de pâte de farine supplée le fiat lux. Supposez la goutte plus grosse et la cuillerée plus grande, vous avez le monde. L'homme, c'est l'anguille. Alors à quoi bon le Père éternel ? Monsieur l'évêque, l'hypothèse Jéhovah me fatigue. Elle n'est bonne qu'à produire des gens maigres qui songent creux. À bas ce grand Tout qui me tracasse ! Vive Zéro qui me laisse tranquille ! De vous à moi, et pour vider mon sac, et pour me confesser à mon pasteur comme il convient, je vous avoue que j'ai du bon sens. Je ne suis pas fou de votre Jésus, qui prêche à tout bout de champ le renoncement et le sacrifice. Conseil d'avare à des gueux. Renoncement ! pourquoi ? Sacrifice ! à quoi ? Je ne vois pas qu'un loup s'immole au bonheur d'un autre loup. Restons donc dans la nature. Nous sommes au sommet ; ayons la philosophie supérieure. Que sert d'être en haut, si l'on ne voit pas plus loin que le bout du nez des autres ? Vivons gaîment. La vie, c'est tout. Que l'homme ait un autre avenir, ailleurs, là-haut, là-bas, quelque part, je n'en crois pas un traître mot. Ah ! l'on me recommande le sacrifice et le renoncement, je dois prendre garde à tout ce que je fais, il faut que je me casse la tête sur le bien et le mal, sur le juste et l'injuste, sur le fas et le nefas. Pourquoi ? parce que j'aurai à rendre compte de mes actions. Quand ? Après ma mort. Quel bon rêve ! Après ma mort, bien fin qui me pincera. Faites donc saisir une poignée de cendres par une main d'ombre. Disons le vrai, nous qui sommes des initiés et qui avons levé la jupe d'Isis : il n'y a ni bien, ni mal ; il y a de la végétation. Cherchons le réel. Creusons tout à fait. Allons au fond, que diable ! Il faut flairer la vérité, fouiller sous terre, et la saisir. Alors elle vous donne des joies exquises. Alors vous devenez fort, et vous riez. Je suis carré par la base, moi. Monsieur l'évêque, l'immortalité de l'homme est un écoute-s'il-pleut. Oh ! la charmante promesse ! Fiez-vous-y. Le bon billet qu'a Adam ! On est âme, on sera ange, on aura des ailes bleues aux omoplates. Aidez-moi donc, n'est-ce pas Tertulien qui dit que les bienheureux iront d'un astre à l'autre ? Soit. On sera les sauterelles des étoiles. Et puis, on verra Dieu. Ta ta ta. Fadaises que tous ces paradis. Dieu est une sornette monstre. Je ne dirais point cela dans le Moniteur, parbleu ! mais je le chuchote entre amis. Inter pocula. Sacrifier la terre au paradis, c'est lâcher la proie pour l'ombre. Être dupe de l'infini ! pas si bête. Je suis néant. Je m'appelle monsieur le comte Néant, sénateur. Étais-je avant ma naissance ? Non. Serai-je après ma mort ? Non. Que suis-je ? un peu de poussière agrégée par un organisme. Qu'ai-je à faire sur cette terre ? J'ai le choix. souffrir ou jouir. Où me mènera la souffrance ? Au néant. Mais j'aurai souffert. Où me mènera la jouissance ? Au néant. Mais j'aurai joui. Mon choix est fait. Il faut être mangeant ou mangé. Je mange. Mieux vaut être la dent que l'herbe. Telle est ma sagesse. Après quoi, va comme je te pousse, le fossoyeur est là, le Panthéon pour nous autres, tout tombe dans le grand trou. Fin. Finis. Liquidation totale. Ceci est l'endroit de l'évanouissement. La mort est morte, croyez-moi. Qu'il y ait là quelqu'un qui ait quelque chose à me dire, je ris d'y songer. Invention de nourrices. Croquemitaine pour les enfants, Jéhovah pour les hommes. Non ; notre lendemain est de la nuit. Derrière la tombe, il n'y a plus que des néants égaux. Vous avez été Sardanapale, vous avez été Vincent de Paul, cela fait le même rien. Voilà le vrai. Donc vivez, par-dessus tout. Usez de votre moi pendant que vous le tenez. En vérité, je vous le dis, monsieur l'évêque, j'ai ma philosophie, et j'ai mes philosophes. Je ne me laisse pas enguirlander par des balivernes. Après ça, il faut bien quelque chose à ceux qui sont en bas, aux va-nu-pieds, aux gagne-petit, aux misérables. On leur donne à gober les légendes, les chimères, l'âme, l'immortalité, le paradis, les étoiles. Ils mâchent cela. Ils le mettent sur leur pain sec. Qui n'a rien a le bon Dieu. C'est bien le moins. Je n'y fais point obstacle, mais je garde pour moi monsieur Naigeon. Le bon Dieu est bon pour le peuple.
(L'évêque bat des mains et s'écrit:)
Voilà parler ! L'excellente chose, et vraiment merveilleuse, que ce matérialisme-là ! Ne l'a pas qui veut. Ah ! quand on l'a, on n'est plus dupe ; on ne se laisse pas bêtement exiler comme Caton, ni lapider comme Étienne, ni brûler vif comme Jeanne d'Arc. Ceux qui ont réussi à se procurer ce matérialisme admirable ont la joie de se sentir irresponsables, et de penser qu'ils peuvent tout dévorer sans inquiétude, les places, les sinécures, les dignités, le pouvoir bien ou mal acquis, les palinodies lucratives, les trahisons utiles, les savoureuses capitulations de conscience, et qu'ils entreront dans la tombe, leur digestion faite. Comme c'est agréable ! Je ne dis pas cela pour vous, monsieur le sénateur. Cependant il m'est impossible de ne point vous féliciter. Vous autres grands seigneurs, vous avez, vous le dites, une philosophie à vous et pour vous, exquise, raffinée, accessible aux riches seuls, bonne à toutes les sauces, assaisonnant admirablement les voluptés de la vie. Cette philosophie est prise dans les profondeurs et déterrée par des chercheurs spéciaux. Mais vous êtes bons princes, et vous ne trouvez pas mauvais que la croyance au bon Dieu soit la philosophie du peuple, à peu près comme l'oie aux marrons est la dinde aux truffes du pauvre.
[ Dash a comment ] [ No comments ]

# Posted on Saturday, 12 April 2008 at 12:37 PM

Edited on Tuesday, 15 April 2008 at 12:41 PM

Eux. de...moi :s

Vivre : pour quoi faire,
Lorsqu'on ne laisse rien sur Terre ?
Sauf certains chanceux,
Qui feront des envieux,
Car ils resteront dans la mémoire, eux.
Mais comme ils sont peu nombreux,
Rares sont les gens à leurs places,
A vivre dans des palaces,
A se pavaner dans de la soie,
Et laisser les autres pantois,
On se souciera alors des autres,
Ceux qui ne se vautrent,
Ni dans la richesse,
Ni dans la paresse,
Mais ceux qui dans leur tristesse,
Donnent au monde quelque chose qui intéresse,
Ceux qui dans leur mélancolie,
Donnent un sens à la vie.
Même si personne ne se souviendra,
Comment ils étaient, ceux-là,
On saura qu'ils étaient là, tout simplement,
Car sans eux le monde ne serait pas celui de maintenant.
Voilà ce qui fait qu'ils doivent vivre,
Sans que pour autant ils nous enivrent,
Qu'ils restent eux-mêmes,
C'est comme cela qu'on les aime.

# Posted on Saturday, 12 April 2008 at 4:45 PM

Edited on Sunday, 13 April 2008 at 11:16 AM